Transcription du média LRT_02_01_00434 Transcription en relecture

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de la flaque miroitait le profil argenté de la vieille Mercedes grise. Autour du reflet de la voiture, cependant, par je ne sais quel jeu de perspectives et d'angle mort, il n'y avait aucune trace de ma présence.


Je m'éloignai lentement sur la place, laissant la flaque d'eau derrière moi dans l'obscurité, et je pris la direction du port, où quelques barques tanguaient imperceptiblement le long de leurs amarres dans un bruit régulier de clapotement très doux et de grincement de cordes. Je m'étais assis sur la jetée à proximité d'un amas de filets de pêche enchevêtrés qui recelaient encore d'infimes fragments de poissons décomposés, et je demeurais là immobile dans la pénombre, mon manteau serré autour de moi, à regarder le jour se lever sur la baie de Samuelo. La mer était très sombre encore, qui frémissait à peine à l'horizon, et, peu à peu, à mesure que le soleil s'élevait de l'autre côté de la montagne, éclairant déjà le versant opposé où se devinait un halo de clarté isolée et lointaine, les barques du port qui se balançaient doucement sous mes yeux commençaient à prendre des teintes rousses et orangées, tandis que les contours des quais, tout autour, des filets de pêche et des rochers, des arbres et des fleurs, finissaient lentement de se défaire de l'empreinte bleutée de la nuit. 


C'est ce matin-là, peut avant le lever du soleil, que j'avais découvert le chat mort dans le port. De loin, j'avais d'abord pris la forme noire qui flottait entre les barques pour quelque sac en plastique, une vieille couverture roulée en boule peut-être, et je m'étais levé pour m'approcher du bord de la jetée, intrigué par la présence de cette masse noire immobile dans les eaux <>du port. Le cadavre du chat se trouvait à moins d'un mètre du bord de la jetée, qui flottait lourdement à la surface, le corps incliné vers le fond, les oreilles et une partie du dos émergeant hors de l'eau. De la manière dont il était placé alors, il était pratiquement impossible de voir sa tête, et, ce n'est que lorsque le courant fit légèrement pivoter le corps sur lui-même que je me rendis compte qu'hors de sa gueule pendait une tête de poisson décomposée dont dépassait un fragment de fil


Ont contribué (1): Djoulai68 -